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Projet Re’Fly – Interview de Michel Joulot

Projet Re’Fly – Interview de Michel Joulot

Re’Fly, projet de recyclage des voiles de parapente


 

Michel Joulot, parapentiste et chef de projet de RE’FLY

Michel Joulot, après 30 ans d’expérience dans l’industrie du sport (en logistique achat approvisionnement production), a décidé de combiner son savoir professionnel avec sa passion du parapente. Avec des vieilles voiles de parapente qui s’accumulaient dans son garage, il s’est posé la question de savoir ce qui existait en matière de recyclage pour ses vieilles voiles de parapentes. Il est aujourd’hui le chef de projet de RE’FLY, projet visant à mettre en place une chaîne de récupération des voiles des parapentes, deltas et parachutes usagés, pour les recycler en matières plastiques ou en additifs pouvant se réintégrer dans la fabrication de composants d’équipements et d’accessoires pour le parapente.

 


 

“RE’FLY c’est : Répondre aux attentes des sportifs, des industriels et des distributeurs concernés par les enjeux environnementaux, démontrer la viabilité économique d’un modèle de recyclage applicable à de faibles volumes et le dupliquer le modèle à d’autres activités”

 

Made Nature a eu la chance d’interviewer de Michel Joulot à propos du Projet Re’Fly :

 

 Made Nature : Comment a commencé votre projet ?

Le projet a démarré il y a un peu plus d’un an. J’ai commencé par rechercher s’il y avait déjà des choses de faites et j’ai découvert qu’il y avait eu une étude menée par la Fédération Française de Vol Libre (FFVL) il y a plus de 5 ans. Cette étude avait montré qu’il y avait une vraie opportunité sur ce projet avec un réel intérêt des pratiquants et des fabricants. Les voiles étant en polyamide enduit et les volumes à recycler étant relativement faibles, il paraissait exclu dès le départ d’essayer de refabriquer du polyamide pur et il s’est donc agi rapidement de chercher des solutions pour utiliser cette matière pour fabriquer des pièces plastiques.
Cette première étude n’ayant finalement pas pu aboutir sur des tests et la réalisation de prototypes, j’ai donc repris le sujet en collaboration avec la FFVL, la société SUPAIR fabricant d’équipements de parapente basée à Annecy, la société PORCHER SPORTS, premier fournisseur mondial de tissu pour la confection de parapente et la société CYCL-ADD, expert en plasturgie. Nous avons présenté un dossier à l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), qui après validation, nous finance environ 45% des coûts de l’étude de faisabilité en cours. Nous prévoyons de terminer cette phase d’étude dans l’été 2019.

 MN : Comment se fait-il que la première étude de la FFVL n’ait pas abouti, selon vous ?

La motivation il y a 5 ans était déjà forte mais il manquait certainement un partenaire industriel motivé pour assurer la transformation de la matière des voiles usagées. Aujourd’hui, l’expertise de la société CYCL-ADD dans le domaine du recyclage des plastiques est un facteur clé pour avancer dans le projet. Sa motivation pour rechercher des solutions viables économiquement malgré les faibles volumes est aussi un élément important pour la réussite du projet.

 MN : Comment se déroule votre projet ?

En décembre 2018, nous avons décidé de lancer une étude de faisabilité pour démontrer la viabilité économique et technique du projet sur ses 2 volets : le premier volet concerne la recyclabilité des voiles de parapente, avec ou sans leurs suspentes, et le deuxième volet concerne la collecte des voiles auprès des pilotes.

Sur ce deuxième volet de la collecte nous avons bien avancé et nous avons une première ébauche de solution qui parait viable. D’abord en s’appuyant partiellement sur le bénévolat des pilotes, tous regroupés au sein de clubs ; la collecte se ferait lors d’événements organisés par les clubs tels que leur assemblée générale annuelle, des journées sur l’environnement, des journées de formation, des journées de pliage de parachutes de secours, de compétitions, etc… Toujours concernant la collecte, le point délicat reste évidemment le financement des coûts de transport et de stockage ; différentes solutions sont en cours d’étude mettant à contribution les producteurs sur le principe des éco-organismes existant dans d’autres secteurs de biens de consommation.

Concernant le recyclage, nous avons réaliser des premiers prototypes de plateau de sellette de parapente à partir de broyage grossier de voiles usagées. Mais il s’agit maintenant pour aller plus loin de tester des solutions de broyage fin (micronisation) pour ouvrir plus de portes dans le domaine de l’injection plastique.

 MN : Quand souhaitez-vous lancer les collectes ?

Il y a encore pas mal d’interrogation mais l’idée serait de profiter en Septembre 2019 de la prochaine Coupe Icare à Saint-Hilaire du Touvet, à côté de Grenoble, premier salon mondial autour du parapente, pour communiquer officiellement sur le projet et de démarrer les premières collectes dans l’hiver 2020, Janvier, Février et Mars étant des mois creux pour la pratique du parapente en France.
Sachant qu’il ne faudra pas qu’on aille plus vite que la musique, à savoir ne pas collecter plus de voiles que les moyens industriels ne pourront en absorber dans une mise en place progressive. Le principe serait de démarrer l’hiver prochain, en 2020, un projet pilote sur un périmètre réduit, par exemple en se limitant aux 3 départements Isère (38), Savoie (73) et Haute-Savoie (74), zones importantes de pratique du parapente en France.
Et puis en 2020, nous étudierons également comment continuer le déploiement du projet en France sur le parapente bien sûr, mais aussi comment l’étendre à d’autres sports (parachutisme, nautisme, etc.) et également voir comment le déployer en Allemagne, premier pays en nombre de licenciés de parapente, sachant que la Fédération Allemande Vol Libre (DHV) a déjà montré un très fort intérêt et souhaite s’impliquer sur le projet.

 MN : Comment compter vous recycler les voiles de parapentes ?

D’abord, dès le départ nous avions écarté la solution de la « valorisation énergétique », le terme politiquement correct pour incinérer les voiles usagées, car il aurait été alors certainement plus simple et économique pour chaque pilote de mettre ses vieilles voiles dans sa poubelle grise.
Il existe également dans beaucoup de pays des initiatives de réemploi des voiles de parapente usagées, celles-ci sont récupérées pour en faire des vêtements, de la bagagerie, des accessoires ou encore de la décoration. Toutes ces initiatives très intéressantes sont souvent à une échelle locale mais ne permettent pas de récupérer de grandes quantités de matière : une voile de parapente représente environ 70 mètres carrés de tissu et donc avec
un seul parapente on fait déjà pas mal de vêtements, de sacs…
Il fallait qu’on trouve une solution permettant de recycler de plus grandes quantités de parapente, d’où l’étude d’un processus de broyage permettant de faire des composants plastiques. Les voiles de parapente sont en Polyamide 6.6 enduit, comme les parachutes, mais avec des enductions différentes. Les volumes de voiles de parapente à recycler sont faibles et sur la France, cela représente environ une vingtaine de tonnes de matière. Même en étendant la collecte sur d’autres sports et d’autres pays, les volumes resteront faibles, ce qui exclut d’emblée la mise en place de chaînes de retraitement pour séparer l’enduction et recréer un polyamide pur. On est donc parti sur l’option de broyage pour refabriquer des pièces plastiques.

 MN : En quoi seront-elles recyclées ?

Je souhaitais dès le départ qu’une partie des matériaux recyclés puisse être réintégrer dans des équipements de parapentiste. C’était l’idée de réaliser une mini économie circulaire.
Dans un projet de recyclage de biens de consommation, la partie technique de recyclabilité est souvent moins problématique que de réussir à motiver des consommateurs pour collecter des matières ; cet aspect « économie circulaire » peut être un facteur important de motivation des pilotes pour sortir les voiles usagées des garages et des caves. Mais évidement compte tenu des volumes collectables, nous devrons rechercher d’autres débouchés pour des pièces plastiques fabriquées à partir de voiles usagées. Par ailleurs, à partir du moment où nous collecterons des voiles usagées, il serait tout à fait possible, à partir d’un stock central, d’approvisionner les initiatives de remploi à d’autres fins.

 MN : Où en êtes-vous dans la recherche de processus de recyclage ?

Nous avons réalisé des premiers essais d’injection de plateaux de sellette à partir de broyages relativement grossiers. Le broyage grossier de voiles de parapente permet d’obtenir de petits flocons souples qu’il faut mélanger avec d’autres matériaux pour obtenir un mélange plus homogène et pouvant passer dans une extrudeuse. C’est ce que Cycl-Add a réalisé en mélangeant des broyats de parapente avec des granulats obtenus à partir de mobilier de jardin recyclé. Les premiers prototypes réalisés fonctionnent parfaitement, mais nous souhaitons augmenter le taux de voiles de parapente recyclées dans le produit fini. Pour cela nous devons réaliser des broyats beaucoup plus fins par des opération de micronisation afin d’obtenir une poudre plus homogène et plus facile à injecter. Donc à aujourd’hui, nous en sommes à chercher une solution de micronisation de textile.

 MN : Comment garantir la viabilité économique du projet ?

Déjà, il ne s’agit pas de gagner de l’argent mais d’abord de ne pas en perdre !
La principale difficulté est de financer les coûts de collecte. Des premières estimations montrent que les coûts de transport et de stockage représenteraient environ 0.3% du prix de vente d’un parapente.
En France une étude est en cours pour la création d’une REP Sport (Responsabilité Elargie du Producteur), applicable aux articles de sport comme il en existe pour d’autres biens de consommation. Il s’agit d’un cadre législatif qui oblige les producteurs ou les importateurs sur le territoire français, à mettre en place des moyens pour recycler leur produit. Dans la très grande majorité des cas, cela se traduit par le versement par les producteurs d’une écotaxe à un éco-organisme agréé pour gérer la collecte et le recyclage. Le financement de la collecte pourrait très bien rentrer dans ce cadre-là ; il s’agirait de créer une structure qui serait un embryon d’éco-organisme à laquelle pourrait adhérer les importateurs et producteurs de parapente.

 MN : Est-ce que d’autres sports pourraient aussi être concernés par votre projet ?

J’ai naturellement commencé avec les voiles de parapente mais il existe effectivement d’autres sports utilisant du polyamide 6.6, à commencer par le parachutisme, les montgolfières mais également le nautisme car les spinnakers sont également en polyamide. Dans ces sports, comme pour le parapente, il existe quelques initiatives de remploi des matériaux à d’autres fins, mais cela ne permet pas de traiter la plus grande partie des volumes recyclables.
Mais l’intérêt du projet, si on arrive effectivement à une solution viable pour le polyamide 6.6, c’est aussi la possibilité de dupliquer le modèle à d’autres activités utilisant d’autres matériaux de base et également avec des volumes à recycler relativement limités. Les voiles de kitesurf par exemple sont majoritairement en polyester, et il serait relativement simple de dupliquer le modèle collecte-recyclage du parapente à ce sport.

 MN : Quelles sont vos échéances ?

Nous nous étions donnés l’été 2019 comme objectif pour finaliser cette étude de faisabilité afin de pouvoir communiquer lors de la prochaine Coupe Icare en Septembre 2019 et démarrer les premières collectes dans l’hiver 2020. Aujourd’hui le chemin critique du projet, c’est la capacité à réaliser du broyage fin de textile.

 MN : En conclusion, pouvez-vous nous parler de l’intérêt majeur du projet RE’FLY ?

Le premier intérêt du projet est d’abord de répondre à des attentes des pratiquants, des industriels et des distributeurs concernés par les enjeux environnementaux de leurs pratiques sportives, à commencer par la préservation de leurs terrains de jeux mais aussi par des choix de consommateurs responsables… je n’ai pas encore trouvé quelqu’un qui m’ait dit que c’était une mauvaise idée !
Le deuxième intérêt est de démontrer la viabilité économique d’un modèle de recyclage applicable à de faibles volumes, bien loin des quantités exploitables dans des biens de grande consommation, et de pouvoir le dupliquer, et en particulier dans le domaine de matériaux textiles.

Pas simple… mais passionnant !


 

About The Author

Caroline Mermet-au-Louis

Etudiante, pas très sportive mais grande supportrice, elle est sensible au respect de l'environnement et ne se déplace jamais sans sa gourde (Vous aussi dites au revoir aux bouteilles en plastiques) !

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