Qui dit sport, dit bien sur compétition. De Rolland Garros au Tour de France en passant par la Coupe du Monde de football, quel est l’impact environnemental des compétitions de masse qui rassemblent un maximum de personnes ?

Nous imaginons facilement que cet impact peut être important : déplacements d’un nombre important de spectateurs, voitures, motards, hélico… Alors, chez MADE NATURE, nous nous sommes demandés si le sport de compétition peut être écoresponsable. Voici quelques éléments de réponse.

L’impact environnemental des grands évènements sportifs

Allons faire le tour par exemple des évènements les plus suivis en France, avec notamment l’évaluation du bilan carbone.

  • Le Tour de France, vélo écolo?

Le cyclisme est un sport « écologique » et pourtant, le Tour de France génère une empreinte carbone et écologique qui est à la hauteur du 3événement sportif au monde, après les Jeux Olympiques et la Coupe du Monde de football !

La longue boucle compte des centaines de voitures suiveuses, des hélicoptères, et surtout 10 à 12 Millions de spectateurs qui se déplacent pour admirer la course.

Si les véhicules des équipes et de l’organisation, la caravane publicitaire et les médias, représentent 22’000 tonnes équivalent carbone (l’équivalent d’un Grand Prix de Formule 1), en prenant en compte le public et les spectateurs, on arrive à une empreinte carbone totale de 341000 tonnes !

Sans parler de la distribution de cadeaux, souvent en plastique et sous blister, un emballage en plastique transparent. Cependant, ceux qui généraient beaucoup de déchets dans les fossés et au bord des sont désormais interdits par l’ASO, l’organisateur du Tour de France (selon Consoglobe).

Un impact environnemental sans commune mesure avec les grandes compétitions de football ou les Jeux Olympiques… L’empreinte carbone de la Coupe du monde de football au Brésil s’élevait à environ 2,7 millions de tonnes ! En 2012, les JO de Londres ont atteint 1,1 million. Pour Roland Garros la marque retombe à 160 000 tonnes. «Les gens peuvent prendre le métro pour aller voir les matchs.». Comment arrive-t-on à des chiffres aussi importants ?

  • Carton jaune pour la Coupe du monde de Football

Qu’en est il du football avec ses 8000 m2 de pelouse pour un stade ? Même si l’impact environnemental des pelouses sportives durant leur cycle de vie s’est considérablement amélioré ces dernières années, la qualité du « green » des compétitions reste la priorité… La pelouse doit rester parfaitement verte pour des raisons esthétiques et pour que l’herbe soit plus glissante. De plus, il n’existe pas encore de recyclage de l’eau sur les stades de football (une solution étudiée pour la Coupe du Monde au Qatar en 2022).

Les problèmes principaux restent l’arrosage, les traitements et les déplacements du public. Sans parler de la consommation de saucisses !! (cf article cité ci-dessous).

Plus sérieusement, pour la Coupe du Monde 2018 en Russie, le milliard de spectateurs qui vont allumer leur télé et le million de supporteurs qui vont se rendre en Russie, plus le déplacement et l’hébergement des joueurs, a dégagé plus de 2 millions de tonnes de CO2. Cela équivaut à l’émission annuelle de CO2 de pays comme le Bénin ou la République du Congo. (source : RTL.fr)

  • Les Jeux Olympiques

Au niveau des JO, la construction des infrastructures et les déplacements des sportifs, supporters et journalistes pèsent particulièrement dans la balance.

Il faut également compter les 1,9 million de repas servis aux athlètes, 76 tonnes de papier pour les journalistes, 80 000 costumes pour les cérémonies, 1,3 million de kilogrammes de souvenirs achetés prévus par l’organisation des JO de Paris en 2024.

Pour les JO d’hiver, l’organisation a recours à la neige artificielle « très gourmande en eau » ou épandent des produits chimiques sur les pistes, que l’on retrouve ensuite dans les sols et les nappes phréatiques. La totalité des émissions de gaz à effet de serre liée aux JO d’hiver de Peyongchang est évaluée à près d’1,6 millions de tonnes équivalent CO2. Des forêts centenaires ont été rasées et, même si des arbres seront replantés et que les plus anciens spécimens ont été déplacé, l‘impact en termes de biodiversité est irréversible.

La gestion de l’impact environnemental des grands évènements sportifs n’est pas encore optimale. Or, que ce soit le Tour de France ou les compétitions internationales de football, ces évènements sont d’immenses fêtes populaires. Le Tour de France, ce sont des paysages magnifiques et 3,5 Milliards de téléspectateurs dans 190 pays !

Par la mobilisation du public et l’engouement qu’ils suscitent, ces compétitions invitent « à la mixité sociale et renforcent la solidarité nationale ». Leurs retombées positives et leur héritage peuvent être considérables et durables.

La bonne nouvelle, c’est qu’il est aujourd’hui possible d’organiser des évènements sportifs écoresponsables. Nous avons recherché les actions déjà possibles et mises en places, permettant de rendre ces compétitions plus respectueuses de l’environnement.

Compétitions sportives écoresponsables : action !

En janvier 2017, le Ministère de la jeunesse et des sports et le WWF ont lancé la charte écoresponsable, qui a été signée depuis par une vingtaine d’organisateurs et d’associations responsables de l’organisation des grands évènements sportifs et définit les engagements écoresponsables des organisateurs d’événements.

  • La charte des « 15 engagements écoresponsables des évènements sportifs »

« Cette charte vise des objectifs ambitieux et chiffrés pour faire du respect de l’environnement une condition d’organisation des grands événements sportifs sur notre territoire. Elle confirme que la responsabilité environnementale est désormais au cœur du cahier des charges des organisateurs de grands événements sportifs internationaux en France. »

Les engagements éco-responsables des organisateurs d’événements, à échéance 2020, portent sur les phases de montage, de déroulement et de démontage de l’événement, hors construction d’infrastructures :

  • 50 % minimum d’alimentation responsable.
  • 80 % minimum des déplacements effectués en mobilité active, transports en commun ou covoiturage.
  • 80 % des achats intégrant des critères de sélection RSE.
  • 25 % de déchets en moins et 60 % de déchets réutilisés, recyclés ou valorisés.
  • 100 % des sites naturels respectés.
  • 100 % de la consommation d’énergie et d’eau maîtrisée et optimisée.
  • 100 % des sites dédiés au public, accessibles aux personnes en situation de handicap.
  • 1 action (au moins) favorisant l’accessibilité à des personnes défavorisées.
  • 1 innovation « éco-responsable » (au moins) expérimentée lors de l’événement.
  • 1 ou plusieurs champion(s) sportif(s) ambassadeur(s) de l’éco-responsabilité mobilisé(s) pour l’événement ou pour la discipline considérée.
  • 100 % des bénévoles valorisés.
  • 1 engagement (au moins) dans une cause solidaire.
  • 1 action (au moins) favorisant la parité Femme/Homme dans les postes à responsabilités.
  • 1 référent « développement durable » identifié dans l’organisation.
  • 1 action ou 1 programme (au moins) de sensibilisation à l’éco-responsabilité

Les organisateurs suivent alors un échéancier pour leur permettre de mettre en place en 3 ans les différents engagements :

Retrouverez en détail les différents engagements ici : http://developpement-durable.sports.gouv.fr/IMG/pdf/version_francaise.pdf et la liste des signataires* en bas de cet article.

Alors concrètement, quelles sont les actions déjà mises en place sur les « grands » évènements sportifs ?

  • Les actions concrètes déployées sur les compétitions sportives

Au niveau des stades de foot, des pelouses qui limitent la consommation d’eau et de fertilisants sont de plus en plus utilisées : on les appelle « le green gazon ». Les rayons UV remplacent les produits chimiques pour traiter les pelouses. L’eau issue des habitations est parfois utilisée pour arroser les pelouses, après retraitement en station d’épuration. Cependant, les bonnes volontés ne suffisent pas : il est également important de faire évoluer la réglementation. La FIFA a promis de compenser ces émissions en finançant des projets pour replanter des forêts. Mais seule 3% de la pollution générée sera compensée, et ce n’est pas suffisant.

Depuis 10 ans, le Tour de France met en place des mesures pour réduire son empreinte environnementale.

C’est en 2009 que l’organisation est alertée par une association écologique car La commune a dû ramasser 20 tonnes de déchets suite au passage du Tour sur le Mont Ventoux ! Autour de 100.000 sacs sont désormais distribués sur les routes durant le Tour et les déchets sont ramassés “le jour même ».

Les représentants de l’organisateur Amaury Sport Organisation (ASO), collaborent avec les collectivités locales afin d’organiser le nettoyage du parcours le long des différentes étapes. Plusieurs autres mesures ont été mises en place : sacs poubelles sur l’ensemble du parcours, zones de déchets pour les coureurs, tri des déchets recyclables : bouteilles plastiques, canettes, briquettes), bouchons, carton, papier, verre et piles.

Le Tour tente aussi de réduire le nombre de véhicules sur le parcours en incitant ses équipes au covoiturage et plafonne la vitesse maximale à 80 km/h et incite à recourir à des véhicules électriques.

Encore quelques efforts à faire pour obtenir « le maillot vert », mais le Tour est sur la bonne route…

Des Jeux Olympiques écoresponsables en 2024 ?

Les JO de Paris 2024 ont pour objectif d’être le premier événement mondial aligné sur l’Accord de Paris avec une réduction des émissions de 55 % par rapport aux JO de Londres et de Rio. Les émissions résiduelles seront par ailleurs compensées grâce à une enveloppe déjà budgétée de 31 millions d’euros.

La recette ?

  • une utilisation à 95% des infrastructures existantes ou temporaires,
  • des voitures « interdites » : pas de construction de parkings pour les spectateurs,
  • mettre en place des mesures incitant à prendre le train plutôt que l’avion,
  • une Alimentation 100 % bio, locale ou certifiée.

Quant à l’UTMB, l’une des compétitions majeures de trail running, l’organisation a mis en place plusieurs mesures exemplaires

L’Utra Trail du Mont Blanc, avec ses 7500 coureurs, qui déclare être un évènement écoresponsable, a développé de nombreuses actions visant à préserver le milieu naturel et à sensibiliser l’ensemble des acteurs.

Une commission environnement qui a pour missions didentifier les risques engendrés par la manifestation et de proposer des actions concrètes pour préserver l’environnement a débouché sur de nombreuses actions, dont voici les principales :

  • La remise en état de certains chemins parcourus par les courses de l’UTMB®,
  • Un plan de transport en commun très important a été mis en place pour limiter les voitures des accompagnants des coureurs et, par la même occasion, réduire les émissions de CO2. Les efforts au niveau des transports en commun et du covoiturage ont d’ailleurs abouti aux résultats suivants (chiffres issus du site de l’UTMB) :

  • Depuis 2006, le balisage sur les chemins est réalisé sans peinture pour éviter une pollution visuelle qui perdure dans le temps.
  • L’évènement est signataire de la Charte environnementale des grands évenements sportifs internationaux – et donc respecte donc les mesures enumérées plus haut
  • L’UTMB est membre de Sport and Sustainability international
  • L’organisation ne distribue plus aucune vaisselle jetable (couverts, gobelets, bols) sur les bases vie et les ravitaillements, même pour les bénévoles. Depuis sa naissance en 2003, des pochettes-déchets portables sont offertes aux coureurs et le gobelet personnel inclus dans le matériel obligatoire.
  • Des mesures de gestion des déchets ont été prises, avec les résultats suivants :

Cette vidéo explique les problématiques environnementales rencontrées sur l’évènement et les mesures mises en place :

Quelle que soit leur envergure, les compétitions sportives ont de beaux jours devant elles… mais sous certaines conditions ! Prendre en compte l’impact environnemental, l’empreinte carbone mais aussi les autres impacts, mettre en place des actions concrètes est désormais indispensable pour que nous, sportifs et spectateurs, respections l’environnement et ce magnifique terrain de jeu !

* Les événements signataires de la charte des « 15 engagements éco-responsables des évènements sportifs : Roland Garros – Tour de France – Ligue Nationale de Rugby – Schneider Electric Marathon de Paris – Internationaux de France de Badminton – Championnat FIA de Formula E – UTMB® – EcoTrail de Paris – Comité de candidature Paris 2024 – Championnat du Monde masculin de Handball 2017 – Championnat du Monde Hockey sur Glace 2017 – Championnat du Monde de Lutte 2017 – Championnat du Monde de Canoë-kayak 2017 – Championnat du Monde ISA de Surf 2017 – Championnat du monde de Ski Nautique 2017 – Meeting Diamond League 2017 de Paris – Paris 2018 GayGames – Euro féminin EHF Handball France 2018 – Championnat du Monde de Football féminin 2019 – Comité de candidature à l’organisation des championnats du monde de Ski Alpin 2023

Sources :

https://www.tdg.ch/sports/actu/incroyable-impact-ecologique-tour-france/story/28050475

https://www.consoglobe.com/le-vrai-impact-ecologique-du-tour-de-france-cg

http://www.lepoint.fr/sport/environnement-le-tour-de-france-en-quete-du-maillot-vert-17-07-2017-2143727_26.php

https://www.linfodurable.fr/sport/mondial-de-football-les-pelouses-peuvent-elles-etre-ecolo-4241

https://www.rtl.fr/sport/football/coupe-du-monde-2018-la-consommation-de-saucisses-ruinera-le-bilan-carbone-7793762640

https://www.consoglobe.com/jeux-olympiques-hiver-pyeongchang-environnement-cg

https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/jo-2024-paris-veut-battre-des-records-environnementaux-144808.html